Ma vie à contre-coran                         Djemila Benhabib

  Si les islamistes ne représentent qu'une petite minorité des musulmans, leur stratégie éprouvée consiste pourtant à se proclamer les porte-parole de cette communauté large et diversifiée. Multipliant les requêtes au nom de l'islam en invoquant leur droit à la liberté de religion, récusant toute critique qui leur est adressée comme une manifestation d'intolérance et d'islamophobie, ils réussissent ainsi à se faire passer pour les défenseurs de leur foi et à réduire au silence leurs coreligionnaires. Ils tirent même parti de la discrimination dont sont trop souvent victimes les immigrants musulmans pour favoriser un repli communautaire qui leur donne encore plus de pouvoir. Cette stratégie des islamistes, Djemila Benhabib la connaît bien. Elle l'a vue appliquée en Algérie, en France et au Québec, et elle estime qu'il est temps que d'autres voix de culture musulmane se fassent entendre. Elle dénonce donc haut et fort les manoeuvres des islamistes, qu'elle expose ici dans un témoignage solidement documenté, auquel elle donne de touchants accents personnels, parce qu'il remue en elle une histoire encore douloureuse.


Une mère prête à tout pour sauver son fils des griffes de Daech. 
" Allô, bonsoir, ici Quentin. Je suis désolé, je n'ai pas envoyé de message, ça fait un petit moment. Comment dire ? Je vais bien, ne vous inquiétez pas, je vais bien. Voilà, c'est juste pour vous dire que je suis parti aider des gens, d'accord ? Des gens qui ont besoin de moi aujourd'hui et, comment dire ? Je ne peux pas vous dire où je suis exactement, d'accord ? Je vous rappelle dès que je peux. Et voilà, je voudrais juste entendre votre voix un petit peu [il sanglote]. Mais ne vous inquiétez pas, je vous assure que je vais bien. Je suis heureux où je suis. " 
 En septembre 2014, Véronique Roy a vu sa vie bouleversée par le départ soudain de Quentin, son fils cadet de 22 ans, pour la Syrie.
Jusque-là, les Roy, de tradition catholique, menaient une existence tranquille dans un pavillon de la région parisienne. Mis devant le fait accompli de sa conversion à l'islam, ils ont accepté le chemin religieux de leur fils, allant jusqu'à l'accompagner – par souci de tolérance, puis sans doute par peur de le perdre – dans sa nouvelle foi. Mais, peu à peu, le doux Quentin a basculé dans l'islam le plus rigoriste...
Après sa fuite, Véronique, son mari Thierry et leur aîné Yannis communiquent encore régulièrement avec Quentin via Internet et tentent de freiner sa radicalisation. Malgré l'angoisse, Véronique cherche à le raisonner ; elle mène son enquête et va tout faire pour le sauver. Mais en janvier 2016, c'est par un message lapidaire sur WhatsApp qu'elle apprend la nouvelle du décès de Quentin, quelque part entre la Syrie et l'Irak.
Depuis, Véronique Roy se bat pour faire reconnaître sa famille comme victime du terrorisme et empêcher qu'une telle tragédie n'arrive à d'autres.